Monter sa petite entreprise lorsqu’on est divorcée, qu’on élève seule ses trois enfants et qu’on n’a pas d’argent devant soi n’est pas chose simple. J’irais même jusqu’à dire que cela n’est pas du tout raisonnable, d’autant que la branche dans laquelle je me suis engagée ne rencontre pas un succès rapide. Il faut être soit inconsciente, soit passionnée, ou peut-être un peu des deux.
Toujours est-il que je me suis jetée dans l’arène le cœur léger, fière d’avoir osé malgré les objections de certaines personnes de mon entourage qui, loin de me soutenir, se montrèrent indifférentes ou s’ingénièrent à démonter mon beau projet pièce par pièce ; peut-être une manière détournée de me dire qu’à ma place, elles auraient eu trop peur ?
Je ne me doutais pas, cependant, du caractère ardu que prendrait ce nouvel envol professionnel. En effet, tout n’est pas rose, et loin s’en faut !
Le premier souci fut le retard avec lequel Pôle Emploi me versa mon allocation partielle (puisqu’il est inconcevable, en démarrant une activité d’écrivain public de se verser immédiatement un salaire) : le fait est que le service s’occupant des créateurs d’entreprise était débordé et croulait sous les dossiers. Lorsqu’enfin, le mien fut déterré, il fut traité si rapidement (il fallait bien rattraper le retard), qu’il y eut quelques ratés, ce qui repoussa quelques peu encore le versement de la dite allocation, ce qui me valut aussi quatre mois d’insomnie. Eh oui, tandis que l’argent ne rentrait pas, les enfants continuaient à manger, à abimer leurs chaussures et avoir besoin de nouveaux vêtements ! Bref, ça ne commençait absolument pas comme je l’aurais souhaité !
J’ai pu remarquer ensuite (et à mes dépens, je dois avouer), que les créateurs d’entreprise sont la proie de démarcheurs de tous poils, qui promettent monts et merveilles en échange d’une somme que vous jugez de prime abord modérée… Quel désenchantement lorsque la facture arrive au courrier ! On oublie toujours de vous dire qu’à la somme annoncée, il faut ajouter deux ou trois services obligatoires et payants plus la TVA, et quand vous êtes constamment débordée, vous devenez une proie facile car vous n’y réfléchissez même pas !
Comme dit le proverbe : « Il faut être pris pour être appris », et on ne m’y reprendra plus !
Puis viennent les charges… sur lesquelles je ne m’étalerai pas car cela va me saper le moral… Elles sont lourdes, qu’importe le montant du chiffre d’affaire, et les payer creuse un gouffre sur le compte professionnel, ce qui retarde d’autant plus l’octroi du salaire escompté lorsqu’on démarre une activité. Et comme les enfants sont toujours à la maison, ont toujours faim, ont toujours besoin de vêtements et de chaussures, voilà de belles raisons de s’arracher les cheveux !
Ce que j’aime, dans le fait d’être entrepreneur, c’est la liberté, mais cette liberté a un prix assez élevé, selon l’avis de nombreux chefs d’entreprise ou commerçants avec lesquels j’ai eu l’occasion de discuter.
Lorsque l’on est divorcée et qu’on élève seule ses enfants, garder son entreprise est un véritable parcours du combattant. Comme après plus d’un an d’activité, je suis toujours debout sur mes deux pieds et n’ai pas mis encore la clef sous la porte, je me considère comme une « warrior ». J’espère le rester longtemps, car je l’aime, ce parcours, j’aime mon métier d’écrivain public, même s’il est dur de réussir dans une des régions les plus pauvres de France. Mais, comme le dit cet autre proverbe : « Quand on aime, on ne compte pas ».
Il n'est pas de pouvoir plus grand que celui que détiennent les mots...Ils nous galvanisent, nous flattent,nous détruisent, nous émeuvent, nous font rêver ou nous glacent...Ils font et défont nos vies, s'entrelacent, se mêlent, se constituant ainsi les vecteurs de nos pensées.